Les colombes israéliennes déploient leurs ailes
Proche-Orient: La politique guerrière d'Ariel Sharon soulève toujours plus d'oppositions en Israël. La jeunesse israélienne, arabe et juive, est en première ligne.
Alors que la spirale de la violence au Proche-Orient semble impossible à arrêter, ils sont des milliers, Juifs et Arabes, à choisir le parti de la paix. Des centaines d’Israéliens refusent de servir dans les Territoires. Un vent nouveau soufflerait-il sur la région ? Rencontre aux gré des manifestations avec ceux qui se battent pacifiquement pour une société plus juste.
« Nous ne voulons pas mourir, nous ne voulons pas tuer pour les colonies ! », « Oui à la paix, non à l’occupation ! » Tels sont les slogans que l’on peut entendre dans les rues et sur les places de Jérusalem et de Tel Aviv, où les manifestations rythment la semaine. A l’instar des Femmes en noir, qui se rassemblent chaque vendredi à Jérusalem, la plupart des mouvements pacifistes organisant des manifestations récurrentes dans différents lieux de la ville. « Nos rassemblements agissent comme un catalyseur : le grand public se met à poser les vraies questions, à se demander à quoi mène l’escalade militaire », affirme Noam Hofstetter, jeune co-responsable de l’antenne de La Paix Maintenant à Jérusalem. « Les grandes manifestations pour la paix existent depuis longtemps. Ce qui est nouveau, ce sont tous ces groupes pacifistes qui se sont formés ces derniers mois, surtout par des jeunes. » explique Jessica Montell, directrice de l’organisation israélienne de défense des droits humains B’tselem.
Résistance active
La plupart des manifestations pacifistes se déroulent de manière plutôt sereine, voire festive, n’étaient les interpellations, les injures et parfois les gestes de violence des contre-manifestants qui, eux non plus, ne manquent jamais à l’appel. Mais il arrive que cela dérape. Ainsi, lorsque le 19 février dernier, 150 activistes et sympathisants du mouvement Ta’ayush (« Vivre ensemble » en arabe) armés de pioches et de seaux se sont mis à démolir, en contrebas de l’Université hébraïque, un barrage coupant la route entre Jérusalem et le proche village arabe d’Esawia , la police a chargé. Parmi les blessés, une survivante de la Shoah.
« Ils n’ont pas osé tirer à balles réelles parce qu’il y a des Juifs », commente un manifestant, jeune Juif religieux portant la kippa. « Ils disent que cette route permet aux terroristes de fuir par le village. En fait, la politique de l’Etat est de séparer coûte que coûte les Juifs des Arabes et de briser ces derniers par des sanctions collectives », analyse Kathrine Rothenberg, menue femme de 28 ans, un des piliers de Ta’ayush à Jérusalem. Comme en réponse, un vieil habitant d’Esawia interpelle la police : « Nous voulons la paix! Et on y arrivera! »
La majorité de demain?
Ta’ayush, réunissant des Israéliens juifs et arabes, n’en est pas à sa première action. Créé après le déclenchement de l’Intifada d’Al Aqsa, le 29 septembre 2000, ce mouvement prône la désobéissance civile et la résistance pacifique. Chaque samedi, des militants de toutes origines et de tous âges se rendent dans les Territoires ou dans des villages arabes israéliens, notamment pour apporter de l’aide aux personnes dont les maisons ont été détruites. En septembre dernier, Ta’ayush a fait reculer l’armée qui s’apprêtait à chasser discrètement des troglodytes palestiniens vivant près de la colonie de Sussia, au sud d’Hébron, sur des terres agricoles très convoitées (1).
C’est ainsi que, loin des ballets diplomatiques, loin du carrousel de la haine qui fait la une des journaux, les « colombes », jour après jour, avec une détermination croissante, revendiquent une autre société. Nombreux sont les observateurs qui voient dans cette minorité la majorité de demain. Peut-être parce que, comme le résume cette jeune fille de 18 ans « C’est très dur, quand des gens tuent, de pouvoir croire au futur. Je ne veux pas tuer, ni qu’on me tue, mais pouvoir faire des projets et permettre aux autres d’en faire sans avoir peur ».
Emmanuelle Robert
de retour de Jérusalem
(1) Gilles Paris, « Les pacifistes israéliens font reculer l’armée qui voulait chasser les Palestiniens », Le Monde, 02.10.01