LE MONDE, 3.10.2001, p. 2

"On ne fonde pas une dmocratie sur des cadavres d'enfants"

OUM AL-FAHM
de notre envoy spcial

Les trois Jeep foncent, suivies de soldats lourdement quips. En face, les chebabs (jeunes) se dbandent et refluent vers les hauteurs de la ville. Le torse nu, le visage masqu, ils se regroupent bien vite et dfient de la voix et du geste, mais bonne distance, les forces de l'ordre, qui ont stopp aprs une centaine de mtres.

Les jets de pierres reprennent, trop approximatifs pour tre vritablement dangereux pour les militaires masss l'entre de la ville, l'intersection de la route 65, qui file vers Tibriade et qui conserve cet endroit les auroles des pneus brls un an auparavant. .

A l'arrire du dispositif de scurit, un cordon de policiers enserre un groupe d'une centaine de manifestants venus de tout le pays en signe de solidarit avec les Arabes israliens. Sur les grillages avoisinants, ils ont appos des banderoles qui rappellent les treize morts des meutes d'octobre 2000, dont trois taient tombs ici, Oum Al-Fahm, sous les balles des forces de l'ordre.

Les pacifistes israliens brandissent des drapeaux noirs en signe de deuil. "Je suis travailliste et je suis venu de Jrusalem pour exiger une galit totale des droits entre les juifs et les Arabes", s'crie David. A ses cts un groupe de militants reprend pleins poumons un autre slogan: "On ne fonde pas une dmocratie sur des cadavres d'enfants!"

Sur les collines environnantes, des grappes de villageois observent le ballet convenu des jeunes lanceurs de pierres et des militaires. Les autorits locales se sont entendues la veille avec le responsable de la police du district nord pour viter tout drapage. Salah est convaincu qu'il ne se passera rien de grave aujourd'hui et se flicite du soutien apport par les Israliens venus de Tel-Aviv ou de Jrusalem.

LA CASSURE
Pourtant, le reste d'Isral a la tte ailleurs en ce 1er octobre, date choisie par les Arabes israliens pour clbrer leurs victimes. Car, pour les juifs, ce jour est aussi la veille de Soukkot, la fte des Cabanes, et la qute des palmes qui doivent recouvrir les difices dresss sur les terrasses et sur les pelouses semble bien loigne du recueillement observ au mme instant dans les villes arabes de Galile, dcrtes villes mortes.

La cassure de l'an dernier ne s'est pas rduite. Les discours officiels sur la ncessit d'une rconciliation et les promesses d'une meilleure prise en cause de cette minorit n'ont gure produit, il est vrai, de rsultats concrets. Les auditions qu'effectue la commission Or, charge d'tablir les faits sur les meutes d'octobre 2000, donnent pourtant une signification nouvelle la profonde discrimination dont sont victimes les Arabes israliens depuis la cration de l'Etat juif.

Mais la solidarit avec les Palestiniens des territoires occups exprime jusqu' l'absurde cet t par le premier kamikaze arabe isralien ne va pas contribuer resserrer des liens distendus par l'preuve de l'Intifada. Dans son dition du 1er octobre, le quotidien Ha'aretz remarquait ainsi qu' un mois de la rentre les tudiants arabes israliens ne parviennent plus trouver un logement Tel-Aviv.

G.P.