Les trois Jeep foncent, suivies de soldats lourdement quips. En face, les
chebabs (jeunes) se dbandent et refluent vers les hauteurs de la ville. Le
torse nu, le visage masqu, ils se regroupent bien vite et dfient de la voix
et du geste, mais bonne distance, les forces de l'ordre, qui ont stopp aprs
une centaine de mtres.
Les jets de pierres reprennent, trop approximatifs pour tre vritablement
dangereux pour les militaires masss l'entre de la ville,
l'intersection de la route 65, qui file vers Tibriade et qui conserve
cet endroit les auroles des pneus brls un an auparavant.
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A l'arrire du dispositif de scurit, un cordon de policiers enserre un
groupe d'une centaine de manifestants venus de tout le pays en signe de
solidarit avec les Arabes israliens. Sur les grillages avoisinants, ils
ont appos des banderoles qui rappellent les treize morts des meutes
d'octobre 2000, dont trois taient tombs ici, Oum Al-Fahm, sous les
balles des forces de l'ordre.
Les pacifistes israliens brandissent des drapeaux noirs en signe de deuil.
"Je suis travailliste et je suis venu de Jrusalem pour exiger une galit
totale des droits entre les juifs et les Arabes", s'crie David. A ses
cts un groupe de militants reprend pleins poumons un autre slogan: "On
ne fonde pas une dmocratie sur des cadavres d'enfants!"
Sur les collines environnantes, des grappes de villageois observent le
ballet convenu des jeunes lanceurs de pierres et des militaires. Les
autorits locales se sont entendues la veille avec le responsable de la
police du district nord pour viter tout drapage. Salah est convaincu
qu'il ne se passera rien de grave aujourd'hui et se flicite du soutien
apport par les Israliens venus de Tel-Aviv ou de Jrusalem.
LA CASSURE
Pourtant, le reste d'Isral a la tte ailleurs en ce 1er octobre, date
choisie par les Arabes israliens pour clbrer leurs victimes. Car, pour
les juifs, ce jour est aussi la veille de Soukkot, la fte des Cabanes, et la
qute des palmes qui doivent recouvrir les difices dresss sur les
terrasses et sur les pelouses semble bien loigne du recueillement observ
au mme instant dans les villes arabes de Galile, dcrtes villes mortes.
La cassure de l'an dernier ne s'est pas rduite. Les discours officiels sur
la ncessit d'une rconciliation et les promesses d'une meilleure prise en
cause de cette minorit n'ont gure produit, il est vrai, de rsultats
concrets. Les auditions qu'effectue la commission Or, charge d'tablir les
faits sur les meutes d'octobre 2000, donnent pourtant une signification
nouvelle la profonde discrimination dont sont victimes les Arabes israliens
depuis la cration de l'Etat juif.
Mais la solidarit avec les Palestiniens des territoires occups exprime
jusqu' l'absurde cet t par le premier kamikaze arabe isralien ne va pas
contribuer resserrer des liens distendus par l'preuve de l'Intifada.
Dans son dition du 1er octobre, le quotidien Ha'aretz remarquait ainsi
qu' un mois de la rentre les tudiants arabes israliens ne parviennent
plus trouver un logement Tel-Aviv.
G.P.